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Objets insolites

Bien que les premiers interprètes militaires aient été constitués en unité dès 1803 et l’Armée d’Angleterre, ce n’est qu’à partir de la première guerre mondiale et avec le développement des moyens de communication modernes que s’est développée l’utilisation et la propagation de leur image, comme d’ailleurs celle de l’ensemble des forces armées. Les supports ont été multiples, voici les plus insolites.
 
L’une des nouveautés technologiques très à la mode durant la première guerre mondiale était le stéréoscope : deux photos au cadrage légèrement décalé permettaient, en les visionnant à l’aide d’un appareil spécial (l’un des modèles disponibles était dénommé ‘stéréoscope mexicain’) d’obtenir un effet de relief assez saisissant. Les clichés se comptent par milliers, et quelques uns d’entre eux mettent en scène des interprètes. Il s’agit souvent, comme sur les photos non stéréoscopiques, d’interprètes interrogeant des prisonniers de guerre.

L’une des marottes bien connues des poilus était ce que l’on appelât par la suite ‘l’art du poilu’ ou ‘l’artisanat des tranchées’  : l’habitude prise, pendant les longues périodes d’inaction, de confectionner des objets à l’aide de matériaux de récupération. Cette plaque de cuivre (‘interprète 6ième armée 1914-1918’, réalisée postérieurement à l’armistice) en est vraisemblablement un exemple : aucun insigne règlementaire de ce type n’est en effet répertorié.
L’escroc DELANDRE, de son vrai nom Gaston FONTANILLE, fabriqua et vendit de 1915 à 1917 plus de 3000 vignettes illustrant les différentes unités des armées Française, mais aussi Britannique, Serbe, Belge, Russe,… qu’il fit passer pour des timbres, ou do nt il prétendit que les bénéfices étaient reversés à la Croix Rouge. Arrêté le 20 Juin 1917, il mourut en prison en 1923. Il avait entre temps eu le temps de produire, entre autres, 3 vignettes, dont deux très jolies, consacrées aux interprètes militaires.
 
L’interprète militaire le plus connu et le plus médiatisé de la première guerre mondiale fut incontestablement l’aquarelliste Alsacien Jean-Jacques WALTZ, plus connu sous son pseudonyme de HANSI. Objet de propagande (ses actions anti-Allemandes avaient fait de lui une véritable célébrité bien avant la guerre), il fit la une de nombreux journaux, en tenue de caporal du 152° Régiment d’Infanterie ou en uniforme d’interprète. Dans ses fonctions militaires, il devint rapidement un des tout premiers spécialistes de la ‘propagande à l’ennemi’ et rédigea de nombreux tracts et pamphlets. Mais dans le cas ci-contre, son image devint également objet de contre propagande de la part des Allemands, avec cette photo retouchée et légendée ‘le déserteur’…
Sa popularité n’a pas décru en Alsace où un musée lui est consacré à RIQUEWIHR. La ferveur populaire s’est emparée de son image, et consacre au symbole régional les supports les plus fantaisistes. HANSI ne rechignant pas lui-même à se dessiner a réalisé de nombreuses illustrations où il se met en scène en pantalon garance et veste bleue. Il a ainsi réalisé une série de portraits du 15/2, reprise par les imageries d’Epinal, où il se représente fusil à l’épaule, une canne à la main gauche et une cigarette dans la main droite. C’est cette image que l’on retrouve aujourd’hui sur des fèves (2 différentes à ce jour), des cartes à jouer (3 au moins), et tout support imaginable…

Du fait de la défaite de 1940, de la surveillance de la presse et de la censure qui s’ensuivirent, peu d’images d’interprètes de la deuxième guerre mondiale sont disponibles. Le plus célèbre de tous ne s’est pas illustré en tant que linguiste, mais c’est bien sa connaissance de l’anglais qui lui permit d’avoir le destin que l’on sait. Il fut en effet le créateur et chef d’un bataillon commando, seule unité 100% francophone à avoir débarqué sur les plages de Normandie : le commando KIEFFER, du nom de celui qui fut d’abord sous-lieutenant interprète (armée de terre), avant de devenir Officier de Réserve Interprète et du Chiffre (ORIC) et de se battre pour qu’un commando Français fut constitué. Son personnage est mis en scène dans le film Le jour le plus long, et son profil facilement identifiable a été reproduit sur une… plaque de muselet (capsule de champagne) en 2004 !
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