View Sidebar
Natural
IN MEMORIAM – Bochko Givadinovitch président d’honneur de l’ANOLiR

IN MEMORIAM – Bochko Givadinovitch président d’honneur de l’ANOLiR

10 février 2018 9 h 59 min0 commentaire
IN MEMORIAM Bochko Givadinovitch, ancien président de l'ANOLiR

IN MEMORIAM Bochko Givadinovitch, ancien président de l’ANOLiR

DISPARITION – Arrivé en France à 18 ans après avoir fui le régime de Tito, il a mené un parcours exceptionnel dans le monde de la communication, de la publicité et des médias, notamment au sein de Havas, RTL et TF1. Il s’est éteint le lundi 5 février 2018 à l’âge de 90 ans.

Il était serbe mais il avait choisi la France. Il était serbe mais si attaché à son pays d’adoption qu’il aurait pu, comme bien des légionnaires ou des immigrés reconnaissants, en remontrer sur le sujet du patriotisme à bien des Français aux souches lointaines. À quatre-vingt-dix ans, dont plus de soixante-dix passés en Picardie puis à Paris, Bochko Givadinovitch s’est éteint le lundi 5 février 2018 pour rejoindre ce «royaume céleste» cher à un des héros serbes de la bataille de Kosovo contre les Ottomans (1389): le prince Lazare.
Dans le milieu de la communication, de la publicité et des médias, son nom était connu de tous. Son parcours exceptionnel aussi. Arrivé en France à 18 ans après avoir fui le régime communiste instauré par Tito à Belgrade, où il avait grandi dans une famille où on apprenait autant le droit que la droiture, il avait, au lendemain de ses études de commerce, gravi rapidement les échelons d’une profession en plein développement. Après un passage chez Havas, il fut nommé, à seulement 36 ans, directeur général de la Compagnie libanaise de télévision. Quatre ans plus tard, le voilà secrétaire général de RTL avant de se lancer dans l’aventure du petit écran. D’abord comme directeur de la Compagnie luxembourgeoise de télévision puis à TF1, où il devient président-directeur général de la régie de publicité jusqu’en 1986 puis vice-président de TF1 SA, chargé des affaires internationales.
Cet homme à la voix douce et à la belle stature ne suscitait que compliments et admiration parmi ceux qu’il dirigeait ou côtoyait
Proche de Francis Bouygues, qui avait racheté la première chaîne de télévision en 1987, cet homme à la voix douce et à la belle stature ne suscitait que compliments et admiration parmi ceux qu’il dirigeait ou côtoyait. Parce qu’il avait connu l’enfer entre 1941 et 1945, il ne le promettait à personne. Cet enfer qu’il avait traversé avait fait de lui un héros mais il ne s’en vantait jamais. Et pourtant.
En pleine occupation nazie, il avait, à l’âge de l’insouciante adolescence, rejoint le maquis de la résistance monarchiste serbe du général Mihailovic, dont il était devenu un des aides de camp chargé de la communication avec les Alliés. Ceux-ci, après les accords de Yalta entre Churchill, Roosevelt et Staline, avaient finalement (et honteusement) abandonné les «tchetniks» et béni la victoire des communistes yougoslaves, jetant dans l’opprobre, en prison, dans les camps ou sur les routes de l’exil les hommes et les femmes qui, comme Givadinovitch, avaient choisi le camp du «de Gaulle serbe».
La suite, ce serait donc la fuite en France, ce pays qui avait toujours été l’allié historique de la Serbie et qui allait l’accueillir pour en faire un de ses meilleurs enfants. Puis ce serait une carrière professionnelle exemplaire, menée avec toujours en mémoire cette inscription figurant sur le monument se dressant dans le grand parc de Kalemegdan de Belgrade: «Aimons la France comme elle nous a aimés». Ce que Bochko Givadinovitch fit toute sa vie, l’enseignant, avec sa femme Christiane, à ses enfants et ses petits-enfants. Depuis quelques jours, l’amitié franco-serbe est orpheline.
Le Figaro – Jean-Christophe Buisson – Publié
Share Button